La méditation de pleine conscience est souvent présentée comme une méthode pour réduire le stress, calmer l’anxiété ou apprendre à se détendre. Mais est-ce vraiment son seul intérêt ?
Et si méditer permettait surtout de mieux observer ce qui se passe en nous : nos pensées, nos émotions, nos sensations, mais aussi toutes ces réactions automatiques que nous avons développées au fil de notre histoire pour nous protéger ?
Dans ce nouvel épisode de Ma Rêv’olution Perso, j’échange avec Frédéric Théry, enseignant de méditation de pleine conscience et auteur de L’Atelier intérieur – Méditer ou l’art d’accueillir la vie, paru aux éditions Almora.
Nous parlons bien sûr de méditation, mais aussi de peur, d’émotions, d’autocompassion, de nos mécanismes de protection et de cette « armure » que nous construisons parfois pour ne plus souffrir.
Une armure qui nous protège… mais qui peut aussi finir par nous enfermer.
Qu’est-ce que la méditation de pleine conscience ?
La méditation de pleine conscience consiste notamment à entraîner notre attention à revenir vers l’expérience présente.
Dans notre conversation, Frédéric reprend une définition selon laquelle il s’agit de porter volontairement son attention, instant après instant, sur ce qui se passe dans le présent, sans jugement. Il rappelle également que la méditation peut être envisagée comme un entraînement de l’esprit et de l’attention.
Car notre esprit voyage en permanence. Nous repensons à ce qui s’est passé hier. Nous anticipons ce qui pourrait arriver demain. Nous imaginons ce que les autres pensent de nous. Nous rejouons une conversation. Nous cherchons une solution à un problème qui n’existe peut-être pas encore.
Méditer ne signifie donc pas nécessairement réussir à arrêter de penser. Il s’agit plutôt de prendre conscience que notre esprit est parti… puis de revenir à ce qui est là.
Encore et encore.
La méditation de pleine conscience ne sert pas seulement à réduire le stress
En Occident, la méditation de pleine conscience est fréquemment associée à la réduction du stress et à la gestion des émotions. Frédéric propose d’aller plus loin.
Pour lui, ces bénéfices peuvent être des effets de la pratique, mais ils n’en constituent pas nécessairement le cœur.
Méditer permet avant tout d’observer. Observer une pensée. Une émotion. Une tension dans les épaules. Une respiration qui s’accélère. Une envie de fuir. Une réaction qui commence à monter. C’est là que la pratique devient particulièrement intéressante.
Entre ce qui nous arrive et notre réaction, quelque chose devient progressivement observable.
Méditer pour mieux comprendre comment nous fonctionnons
Nous passons une grande partie de notre vie à réagir automatiquement. Une personne fait une remarque et nous nous braquons. Nous ressentons de l’anxiété et nous évitons. Nous avons peur et nous cherchons immédiatement à nous rassurer. Nous nous sentons vulnérables et nous nous refermons.
Ces réactions n’arrivent pas nécessairement par hasard. Au fil de notre histoire, nous avons appris à nous protéger.
Frédéric utilise dans son livre une image particulièrement parlante pour décrire ce phénomène : l’armure.
L’armure que nous construisons pour nous protéger
Lorsque nous vivons une expérience douloureuse ou menaçante, nous pouvons en tirer un apprentissage. Nous essayons ensuite de ne pas revivre la même chose.
Petit à petit, nous construisons donc des protections. Frédéric compare ces différentes stratégies aux couches successives d’une armure. Chacune a pu avoir son utilité au moment où elle est apparue : elle nous a permis de nous sentir davantage en sécurité.
Le problème apparaît lorsque nous continuons à porter cette armure alors qu’elle n’est plus nécessaire. Elle devient lourde. Rigide. Elle réduit nos mouvements.
Et ce qui était initialement destiné à nous protéger peut commencer à nous empêcher de vivre certaines expériences.
La question n’est donc pas :
« Comment me débarrasser de toutes mes défenses ? »
Mais plutôt :
« De quelles protections ai-je encore besoin aujourd’hui ? »
La pleine conscience peut-elle nous aider à repérer nos automatismes ?
C’est ici que méditation et psychologie se rejoignent de manière particulièrement intéressante.
La pleine conscience peut nous apprendre à remarquer ce qui se passe avant de réagir automatiquement.
Imaginons une situation qui provoque de l’anxiété. Habituellement, le processus pourrait être extrêmement rapide :
situation → peur → évitement.
Nous avons parfois à peine conscience de ce qui s’est produit entre les deux. En développant notre capacité d’observation, nous pouvons progressivement remarquer davantage :
« Il y a de la peur. »
« Mon ventre se contracte. »
« Je pense que cela va mal se passer. »
« J’ai très envie d’éviter cette situation. »
Cela ne signifie pas que la peur disparaît.
Mais nous commençons à voir comment nous fonctionnons. Et cette prise de conscience peut ouvrir un espace de choix.
Frédéric explique ainsi qu’il médite notamment pour « gagner en liberté » : la liberté d’aller ou non dans une direction, plutôt que d’être uniquement guidé par ses automatismes.
Méditation et émotions : accueillir plutôt que supprimer
La méditation de pleine conscience peut également modifier notre rapport aux émotions. Lorsque nous ressentons une émotion désagréable, notre premier réflexe est souvent de vouloir la faire disparaître.
Nous voudrions être moins anxieux. Ne plus ressentir de colère. Ne plus avoir peur. Arrêter d’être triste.
Mais Frédéric propose une autre approche : observer l’émotion et écouter ce qu’elle nous indique sans nécessairement lui laisser prendre les commandes.
Une distinction évoquée pendant notre conversation illustre particulièrement bien cette idée.
Au lieu de dire : « Je suis en colère », nous pouvons remarquer :
« Il y a de la colère en moi. »
Nous ne sommes plus totalement confondus avec notre émotion.
La colère est là. Mais je ne suis pas la colère. Et je ne suis pas nécessairement obligé d’agir exactement comme elle me pousse à agir.
Méditer sans se juger
Il existe pourtant une difficulté supplémentaire. Nous ne nous contentons pas de ressentir des émotions ou d’avoir des pensées difficiles. Très souvent, nous nous jugeons de les avoir.
« Je ne devrais pas ressentir ça. »
« Je suis trop sensible. »
« Pourquoi est-ce que je réagis encore comme ça ? »
« Je devrais réussir à gérer. »
« Je suis nul. »
Frédéric insiste beaucoup dans notre échange sur deux mots essentiels à la pratique de la pleine conscience : sans jugement. Cela ne signifie pas tout accepter passivement ou considérer que toutes nos réactions sont souhaitables.
Nous pouvons constater qu’un comportement ne nous convient pas et vouloir le changer. Mais nous pouvons le faire sans transformer cette observation en attaque contre nous-mêmes.
Pleine conscience et autocompassion
C’est ce qui nous conduit à parler d’autocompassion. Frédéric propose une comparaison très simple.
Imaginez que votre meilleur ami vous appelle après avoir vécu quelque chose de difficile.
Lui diriez-vous :
« Encore toi ? »
« Tu aurais dû faire mieux. »
« Franchement, tu es nul. »
« Les autres y arrivent, pourquoi pas toi ? »
Probablement pas. Nous l’écouterions. Nous essayerions de comprendre. Nous lui parlerions avec davantage de douceur.
Et pourtant, nous sommes parfois capables de nous adresser quotidiennement à nous-mêmes d’une manière que nous n’accepterions de presque personne.
La méditation peut alors devenir aussi une manière d’apprendre à observer notre expérience avec davantage de bienveillance.
Méditer, est-ce apprendre à moins se protéger ?
Pas complètement. Et heureusement. Nous avons besoin de protections.
Certaines limites sont saines. Certaines peurs nous renseignent sur un danger réel. Certaines expériences nécessitent de prendre de la distance.
L’idée développée par Frédéric est beaucoup plus nuancée : ne pas arracher brutalement notre armure, mais observer si nous avons encore besoin de chacune de ses couches.
Puis, peut-être, en retirer progressivement certaines.
Il parle ainsi d’« entrer dans la confiance » plutôt que d’exiger de soi d’être immédiatement confiant : dans telle situation, avec telle personne, puis-je poser un petit acte de confiance ?
J’aime beaucoup cette idée parce qu’elle transforme complètement la question.
Nous n’avons pas besoin d’attendre de ne plus avoir peur pour commencer à vivre différemment.
Alors, à quoi sert vraiment la méditation de pleine conscience ?
Peut-être pas simplement à nous sentir mieux. Mais à mieux voir.
Voir nos pensées sans croire automatiquement tout ce qu’elles racontent. Voir nos émotions sans chercher systématiquement à les supprimer. Voir nos réactions automatiques. Voir les protections que nous avons construites. Voir la manière dont nous nous jugeons.
Et retrouver progressivement davantage de choix dans la façon dont nous voulons vivre.
C’est en tout cas l’une des pistes que nous explorons dans cet épisode de Ma Rêv’olution Perso.
À la fin de notre conversation, Frédéric propose également une méditation guidée d’ouverture du cœur : quelques minutes pour déplacer son attention vers la respiration, puis vers les sensations présentes au niveau de la poitrine et expérimenter cette pratique directement.
Retrouvez Frédéric Théry sur son site Internet Cool and Zen
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